Richard Arthur Flemming

Conférence de Giscard Bouchotte – Le RARA

Date

17 Oct 2018

Photo : Richard Arthur Fleming

Le rara : une performance collective dans l’espace public en Haïti

Mercredi 17 octobre 2018

à 12h, au MA

Apportez votre lunch !

Dans le cadre du Festival de performance, Giscard Bouchotte propose une conférence visuelle sur le rara, parade traditionnelle haïtienne, comme une forme de performance collective dans l’espace public qui permet de faire face aux contraintes sociales et aux violences politiques.

En Haïti, entre la fin du carnaval (Mercredi des cendres) et le dimanche de Pâques, c’est la période des raras, parade populaire alliant chants, musiques et danses dans l’espace public. Souvent rattaché à un sanctuaire vaudou, le rara implique plusieurs centaines de piétons qui déambulent dans les rues. Une sorte de performance collective où le corps, médium principal, est valorisé dans des costumes colorés pour identifier le groupe ou parfois le Lakou [1]. Le corps s’exprime aussi par la danse, révélant les non-dits et les tabous sociaux.

L’aspect visuel du rara est une condition essentielle et son importance varie d’une région à une autre. Certaines villes comme Léogâne, Jacmel et Gonaïves sont très réputées pour leur rara [2] et leurs costumes. La musique, inspirée de chants traditionnels, implique le banbou, la batterie et le chant etc. Elle renvoie très souvent à la sexualité comme un défoulement populaire en réponse aux contraintes sociales. Le rara est une expérience communautaire qui efface le temps d’une parade les problèmes sociaux du quotidien. Une expérience de l’ordre d’une catharsis populaire au cours de laquelle la musique et la danse font office d’exutoire.

Ainsi, en tant que performance collective, le rara nous contraint à envisager autrement l’audience de nos pratiques contemporaines puisqu’il n’y a pas de différence entre l’acteur et le spectateur. Le corps individuel n’existe que dans un corps collectif  et par là,  questionne les frontières entre performance collective et tradition.  Face à la pratique de l’espace fermé de diffusion où on vient voir une performance, le rara investit l’espace public. Face au capitalisme qui place l’individu au centre de tout, le rara se veut une réponse collective. Face à la réalité du pays, avec son lot de désespoir et de violences politiques, le rara propose chants, danses, rythmes dans les rues d’Haïti comme une forme de résistance populaire, tout en étant transcendant, intergénérationnel, rassembleur.

[1] Les Lakous est l’héritage commun d’une famille vaudou ou d’un rythme particulier

[2] Voir le site de Richard Arthur Fleming,  jacmelrara.org

Giscard Bouchotte explore le champ de la création, entre projets d’écriture, de réalisation et projets artistiques multidisciplinaires en tant que curateur. Titulaire d’un double diplôme de Sciences Politiques et de Master 2 Management des Organisations Culturelles à l’Université Paris-Dauphine, il écrit plusieurs textes critiques et mené de projets culturels d’envergure. En 2011, il est le commissaire du Premier Pavillon de la République d’Haïti à la Biennale de Venise avec l’exposition itinérante Haïti Royaume de ce monde (Paris, Venise, Miami, Martinique, Haïti). A partir de 2013, il travaille depuis Haïti où il a lancé la Nuit Blanche de Port-au-Prince  comme un plaidoyer pour l’implication des artistes dans les projets urbains et propose plusieurs expositions collectives dans la Caraïbe, notamment les Rencontres Photographiques de Guyane (2014), commissaire associé au Festival Caraïbéen de l’Image au Mémorial ACTe en Guadeloupe (2015) ou plus récemment Invisibilité Ostentatoire à la Fondation Clément en Martinique (2017). Ses textes ont été publiés dans plusieurs catalogues d’expositions et revues. Dans le cadre de son travail, il est invité par plusieurs Universités et institutions pour des conférences, workshops et résidences de recherches : Syracuse University et Macalester College aux Etats-Unis (2017), Tilting Axis IV en République Dominicaine (2018), Berlin Biennal (2018) et résident Davidoff Initiative à Bâle (2018).

Coopération Haïti / Québec

Du 16 au 21 octobre, Giscard Bouchotte, artiste et commissaire de Port-au-Prince  effectue un séjour exploratoire afin de préparer l’exposition d’art contemporain croisée Port-au-Prince / Rouyn-Noranda qui sera présentée en 2019 en Haïti et en 2020 au MA, au Québec. Le MA, musée d’art a donc l’honneur d’accueillir Giscard Bouchotte, aussi coordonnateur de l’organisme Chantiers du Sud avec lequel le MA ouvre un dialogue expressif et artistique. Ce séjour de repérage permet d’échanger sur les prémisses de ce projet d’échange culturel. Chantiers du Sud et le MA établiront des correspondances, des contextualisations afin de bâtir un calendrier de dialogues féconds à travers des conférences, des entrevues, des programmes de médiation culturelle et une exposition croisée Port-au-Prince/Rouyn-Noranda. L’exposition, dans sa réciprocité et dans le partage d’un même espace par des artistes aux bagages culturels différents, agira auprès des publics comme un lieu de dialogue et un espace d’émulation féconds. La présente conférence s’inscrit dans ce cycle de coopération Haïti/Québec soutenu par le Ministère des Relations internationales et Francophonie du Québec.

Nous remercions Gestion Gabrysz pour le traitement privilégié qu’il offre à Giscard Bouchotte de passage au MA, musée d’art. Notre invité de marque est logé à l’enseigne du Motel de Ville et a la chance de prendre ses repas au restaurant Pizzé.

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