NUIT ÉLECTROVAUDOU – Texte de Giscard Bouchotte

Date

31 Oct 2020
NUIT ÉLECTROVAUDOU

Voici quelques années déjà que Michelange Quay construit une œuvre au-delà du sensible, allant du cinéma à la musique en passant par la performance ou des séances live d’hypnose, avec des constantes presque obsessionnelles: se voir, se connaître soi-même pour mieux voir et mieux connaître les autres. Là où la tragédie humaine a cours, Michelange Quay se propose de réenchanter nos imaginaires, partant de la poésie du réel imagé ou comment faire du merveilleux avec le chaos.

Dans sa quête de beauté face au désastre global (politique, économique, écologique), les films de Michelange Quay rappellent la nécessité de changer de paradigme. Alors que le drame est toujours en toile de fond – le massacre des cochons créoles dans L’Evangile du cochon créole ou la tragédie des extrêmes ; le manque et la profusion dans Mange ceci est mon corps – Michelange Quay nous propose désormais une boîte noire (The Black box) comme un écho à nos interrogations. Le cinéma comme miroir du monde.

Dans le prolongement de l’expérience de la salle obscure, les performances sous forme de nuit électrovaudou sont comme des veillées de prières, où la musique traditionnelle vaudou rencontre le son électronique expérimental. Depuis le début du projet Black box, Michelange Quay se consacre à l’exploration d’un espace-temps où se mêlent à la fois performance musicale, cinéma et hypnose. L’électrovodou devient un rituel hypnotique. Mélange de musique, d’images et d’expériences visuelles, la Nuit électrovaudou est avant tout un cérémonial.

Cette fois, pour nous convier à la danse et à la transe, il en appelle à la complicité du vidéaste Jean-Ambroise Vesac (Québec) pour transformer le musée en une immense chambre noire, la chambre des mystères – les mistè, dans le panthéon vaudou, étant tout simplement l’appellation des divinités. Les avatars de Jean-Ambroise Vesac, série de personnages mi-homme mi-dieu, nous convient au même mouvement circulaire de celui des adeptes du péristyle autour du potomitan et également celui de la rotation de la terre.

La Nuit électrovaudou devient, pour les deux vidéastes performeurs,  celle de l’appropriation de cet espace-temps où le silence est aussi imposant que la parole. Au commencement était le Verbe. Alors les invocations se multiplient. Il est urgent et nécessaire de pallier au désastre du monde par ces nuits de veillée et de réjouissance. Pour conjurer le pire. Pour résister farouchement à l’appel du sommeil, à l’individualisme, à l’obsession du moi. Une occasion de rendre hommage à ceux qui ont pris le large, de fêter la joie d’être vivant.

Alors Ayibobo pour les vivants

Ayibobo pour les morts

Ayibobo pour le jour qui enfante la Nuit

Ayibobo pour le temps qui passe

Ayibobo pour les monuments aux morts

Ayibobo pour les morts qui ne sont jamais morts,

Ayibobo pour la nuit !!!

Giscard Bouchotte