
Une ville, quatre photographes
Date
Vue de l’avenue Principale à Rouyn, [entre 1930 et 1935], Archives nationales à Rouyn-Noranda, Fonds Fonderie Horne, (08Y,P123,S1,P53), Vavasour & Dick.
Photographie colorisée dans le cadre de l’exposition Une ville, quatre photographes.
Hubert Vavasour, Joseph Hermann Bolduc,
François Ruph, Charles Gauthier
Inauguration : vendredi 19 juin, 17 h à 19 h
Table ronde : samedi 20 juin, 11 h à 12 h 30
À l’occasion du centenaire de Rouyn‑Noranda, l’exposition Une ville, quatre photographes invite à voyager dans le temps, à travers le regard de quatre témoins privilégiés de l’histoire de la ville.
La ville de Rouyn‑Noranda est photographiée dès sa naissance. Le studio Vavasour & Dick s’établit dès 1926, et demeure actif jusqu’en 1930. Joseph Hermann Bolduc prend ensuite le relais en 1935 et photographie la ville jusqu’en 1979. À partir de 1972, François Ruph saisit des scènes de la vie quotidienne, tandis que Charles Gauthier capte entre 1982 et 1985 les mutations d’une ville industrielle en pleine transformation. Réunis dans un même espace, les regards de ces quatre photographes créent un dialogue entre les époques.
L’exposition Une ville, quatre photographes rend compte des métamorphoses de Rouyn-Noranda, à travers un récit visuel qui s’inscrit au cœur de la mémoire collective de la ville.
HUBERT VAVASOUR

Actif à Rouyn durant les années fondatrices de la ville, de 1925 à 1933, Vavasour documente la croissance de la mine ainsi que l’essor des communautés qui se développent autour d’elle. Ses photographies constituent ainsi l’un des premiers témoignages visuels de ce territoire en pleine transformation.
À l’âge de trente ans, Hubert Vavasour ouvre son premier studio à l’intérieur du Théâtre Régal, propriété de Madame Carey, où il opère sous le nom de Studio Vavasour.
À partir de 1927, Vavasour est rejoint par James Andrew Dick, lui aussi originaire d’Angleterre. Ensemble, ils fondent le Studio Vavasour & Dick, s’installent à l’est de la rue Perreault et photographient la vie quotidienne d’une ville alors en plein boom minier
Certes, les photographies de Vavasour laissent transparaître le “chaos” de l’époque. Cependant, il est possible d’y pressentir la volonté de cultiver l’apparence d’une société prospère plutôt que le désordre d’une ville naissante.
Cette caractéristique est particulièrement révélatrice. Là où un photographe contemporain chercherait le portrait individuel ou l’expression d’une émotion personnelle, Vavasour privilégie le récit collectif. L’individu apparaît comme l’un des éléments d’une aventure plus vaste : celle de la construction de Rouyn et de Noranda.
En 1936, Hubert Vavasour quitte Rouyn pour s’installer à Val-d’Or, alors en pleine expansion, où il y travaille jusqu’en 1937 pour le Studio Bloom.
JOSEPH HERMANN BOLDUC
Lorsque Joseph Hermann Bolduc s’établit à Rouyn-Noranda, en 1935, les villes jumelles ont déjà dépassé le stade du camp minier improvisé. Les rues sont structurées, les institutions se multiplient et une véritable vie communautaire prend forme.
Là où Vavasour semblait chercher à montrer la naissance d’une ville, Bolduc s’inscrit au cœur du quotidien. Son œuvre ne relève pas d’une vision idéalisée du territoire, elle témoigne d’une attention à la vie de celles et ceux qui l’habitent. Ses photographies saisissent les fêtes populaires, les familles, les commerces, les travailleurs, les associations culturelles, les événements sportifs et les grands moments de la vie collective.

Même lorsqu’il photographie l’industrie minière et les transformations urbaines, son regard demeure centré sur celles et ceux qui façonnent la ville. Ses images révèlent une communauté en construction, composée d’ouvriers, de commerçants, d’enfants et de familles immigrantes.
Ses images se distinguent par leur grande clarté documentaire. Les compositions sont rigoureuses, lisibles et directes. Cette apparente simplicité, sans effets spectaculaires, constitue l’une des grandes forces de son œuvre.
En 1984, Joseph Hermann se rend aux Archives avec l’intention de se procurer des enveloppes pour conserver ses photos. On le convainc de l’importance d’archiver ses photographies. Un fonds est alors constitué à partir des 22 000 négatifs originaux qui étaient en sa possession – dont 12 000 réalisés par Joseph Hermann Bolduc lui-même. Dans un premier temps, la Maison Dumulon procède à l’achat des photographies. Celles-ci sont ensuite rachetées par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
FRANÇOIS RUPH

Tout comme Vavasour avant lui, François Ruph arrive à Rouyn-Noranda à l’âge de 25 ans. Originaire de Toulouse, en France, il est recruté pour enseigner la psychologie au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Il traverse alors l’Atlantique sans véritablement connaître sa destination. Ce qui devait être un simple détour professionnel deviendra le point de départ d’une profonde relation avec le territoire abitibien et avec ses habitants.
Là où Vavasour documentait la naissance d’une ville tournée vers le progrès, Ruph s’intéresse aux traces que cette histoire a laissées. Son regard se porte autant sur les paysages que sur celles et ceux qui les habitent.
Entre 1978 et 1980, il prend part au projet photographique Abbittibbi-Témiskaming – Western catholique et Klondyke québécois. Entouré d’une équipe de huit personnes, il parcourt l’ensemble de la région afin de constituer un portrait sans précédent de son époque.
Son œuvre se distingue par son humour, son sens de l’observation et un certain goût pour l’ironie. Derrière plusieurs de ses images se cachent des jeux de contrastes où se côtoient jeunesse et industrie, joyeusetés et dégradation environnementale, modernité et héritage du passé. Ces contradictions, loin d’être dissimulées, forment l’essence même de son langage photographique.
CHARLES GAUTHIER
Originaire d’Acton Vale, en Estrie, Charles Gauthier développe très tôt une passion pour la photographie documentaire.
Il s’installe à Rouyn-Noranda en 1982. La hausse du prix de l’or entraîne la réouverture de plusieurs projets miniers, tandis que les séquelles de la crise économique des années précédentes demeurent visibles.

Son travail s’inscrit dans la tradition de la photographie humaniste, à la manière de Robert Frank ou du québécois Michel Saint-Jean. Sans mise en scène ni artifices, il cherche à saisir les moments où une émotion, une attitude ou un regard révèle quelque chose de plus profond sur ses sujets. Sans moquerie ni jugement, il demeure attentif à la dignité des personnes qu’il photographie, même lorsqu’il montre des réalités difficiles ou des situations empreintes de vulnérabilité.
L’une des grandes forces de son œuvre réside dans sa capacité à transformer des scènes ordinaires en récits visuels. Chaque photographie semble faire partie d’une histoire plus vaste. Un bras de fer dans un bar, une voiture ornée de trophées de chasse, une réunion politique ou une fête populaire deviennent autant d’indices permettant de comprendre la personnalité singulière de la communauté de l’époque.
Au-delà du sujet, c’est la qualité du regard qui distingue son travail. Ses photographies possèdent une composition d’une grande rigueur, où chaque élément semble trouver « naturellement » sa place.
L’élaboration de cette exposition a été rendue possible grâce à la préservation des nombreux négatifs et diapositives des fonds déposés à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Remerciements :
Francois Ruph – Charles Gauthier – Sébastien Tessier – Sylvie Gravel – Céline J. Dallaire – Jean-Ambroise Vesac (Espace Olab) – Éléa Heijligers – Laura Josselin – 100e de Rouyn-Noranda – Hydro-Québec


